Quels types de rêves vous intéressent le plus ?

Bien que je sois depuis longtemps fasciné par les motifs présents dans le contenu des rêves (par exemple, les décors, les personnages, les émotions, les thèmes, etc.) que l’on peut observer à travers une série de rêves, mon intérêt pour ce domaine a commencé avec mes propres expériences de rêve lucide.

D’autres types de rêves qui me passionnent particulièrement sont les cauchemars, les rêves de vol et les rêves récurrents.

Il m’arrive parfois de faire des rêves avec des sensations d’odeur, de goût ou de douleur. Est-ce inhabituel ?

Bien que la grande majorité des récits de rêves contiennent des éléments visuels et, dans une moindre mesure, kinesthésiques, la présence d’autres modalités sensorielles a également été observée, tant dans les récits de rêves en laboratoire que dans ceux collectés à domicile.

Plus de 50 % des récits de rêves comportent des expériences auditives, tandis que les références explicites aux sensations olfactives, gustatives ou à la douleur apparaissent dans moins de 1 % de l’ensemble des récits.

Une étude a révélé que les récits de rêves des femmes contenaient plus souvent des sensations d’odeur ou de goût, tandis que les références auditives et les expériences de douleur étaient plus fréquentes dans les rêves des hommes.

Le fait que des modalités aussi rares que l’odorat, le goût et la douleur puissent tout de même apparaître dans les rêves est une démonstration importante des capacités de représentation du rêve.

Qu’est-ce qu’un rêve lucide ?

Encore une excellente question. Alors, qu’est-ce qu’un rêve lucide exactement ?

Plusieurs définitions de cette expérience ont émergé dans la littérature. La plus simple affirme qu’un rêve lucide est un rêve dans lequel le rêveur est conscient qu’il est en train de rêver. D’autres chercheurs y ajoutent un critère : il faudrait devenir parfaitement ou pleinement conscient que l’on rêve. Ce que signifient exactement les termes « parfaitement » ou « pleinement » n’est pas toujours précisé, mais cela implique généralement la capacité à exercer un certain contrôle conscient sur les événements du rêve. Il est toutefois important de noter que même si la lucidité est souvent accompagnée d’un degré variable de contrôle du rêve, cette capacité n’est pas une preuve suffisante en soi d’un rêve lucide.

Une définition plus large et plus précise du rêve lucide a été proposée par Stephen LaBerge, qui soutient que la conscience vécue par un rêveur lucide n’est pas sans rappeler celle de l’état de veille. Il écrit ainsi :

« Le rêveur lucide peut raisonner clairement, se souvenir librement et agir volontairement de manière réfléchie, tout en continuant à rêver intensément. »

De façon similaire, Tart (1979) affirme qu’un rêve lucide ne consiste pas simplement à ce que le rêveur réalise : « Ceci est un rêve. » Comme LaBerge, il considère que dans un rêve lucide,

« les processus mentaux ‘supérieurs’ que nous associons à l’état de conscience éveillé — tels que la continuité de la mémoire, la capacité de raisonnement, le contrôle volontaire des processus cognitifs, et le contrôle volontaire des actions corporelles (au moins pour le corps onirique) — semblent tous fonctionner à un niveau lucide, équivalent à celui de l’éveil. »

Plusieurs auteurs adhèrent également à cette conceptualisation du rêve lucide.

Un phénomène sur un continuum

L’expérience du rêve lucide est souvent mieux comprise lorsqu’elle est placée sur un continuum :

  • À un extrême, on trouve la lucidité de bas niveau, où une personne peut prendre conscience qu’elle rêve, mais se réveiller immédiatement ou retomber dans un rêve non lucide.
  • Au milieu du spectre, se situent les rêves lucides où le rêveur, en plus de savoir qu’il rêve, parvient à exercer un certain contrôle sur l’environnement du rêve tout en conservant partiellement ses facultés mentales éveillées. Par exemple, il peut se déplacer à volonté dans le décor du rêve, mais être incapable d’en modifier certains éléments, de se souvenir de la date, ou de son emploi du temps du lendemain.
  • À l’autre extrémité, on trouve les rêves lucides de haut niveau, dans lesquels l’individu peut exercer un contrôle considérable sur le contenu du rêve, et — surtout — possède l’ensemble de ses facultés mentales comme s’il était totalement éveillé.

Concepts apparentés

Ce continuum inclut également deux phénomènes apparentés :

  • Les rêves pré-lucides, selon Celia Green, dans lesquels le rêveur adopte une attitude critique face à son expérience (par exemple en se demandant « Suis-je en train de rêver ? »), sans toutefois réaliser qu’il rêve réellement.
  • Les faux réveils, où une personne rêve qu’elle s’est réveillée, généralement dans son environnement habituel de sommeil.

Ces deux phénomènes sont fréquents chez les rêveurs lucides, en particulier chez les débutants.

J’ai lu des articles sur différentes entreprises qui proposent divers types de technologies pour induire le rêve lucide. Est-ce que ça fonctionne ?

Ces dernières années, on a assisté à une véritable explosion du nombre d’entreprises proposant toutes sortes de substances (médicaments, suppléments) et d’appareils (casques, dispositifs EEG domestiques, gadgets délivrant de faibles doses de stimulation transcrânienne) censés aider à induire des rêves lucides. Bien que ces produits soient largement commercialisés et souvent accompagnés d’affirmations audacieuses sur leur taux de réussite, très peu de recherches indépendantes ont été menées sur leur efficacité réelle.

De plus, il existe de nombreuses techniques d’auto-entraînement qui peuvent offrir de meilleurs résultats. Une analyse lucide de ces technologies d’induction du rêve lucide est présentée dans cet excellent article publié par NY Mag :
http://nymag.com/scienceofus/2016/10/these-strange-gadgets-claim-to-teach-you-how-to-lucid-dream.html

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’apprentissage autonome du rêve lucide, vous pouvez consulter certains de ces protocoles dans un article de recherche publié par notre laboratoire.

Quelle est la fréquence des cauchemars ?

Les professionnels de la santé — tout comme le grand public — reconnaissent de plus en plus que les cauchemars représentent un problème de sommeil fréquent, aux conséquences importantes sur la qualité du sommeil et la santé mentale. De grandes études épidémiologiques menées auprès d’étudiants et de communautés dans différents pays indiquent que 8 % à 29 % des adultes déclarent faire des cauchemars chaque mois, tandis que 2 % à 6 % en font chaque semaine.

Des enquêtes communautaires évaluant la présence de problèmes liés aux cauchemars plutôt que leur fréquence ont montré que 5 % à 8 % de la population adulte générale rapportent un problème actuel de cauchemars, tandis qu’environ 6 % mentionnent en avoir eu un par le passé.

Enfin, l’une de nos propres études, fondée sur près de 10 000 récits de rêves recueillis dans des journaux de rêves à domicile auprès de plus de 550 participants, a montré que près de 3 % de tous les récits de rêves recueillis de manière prospective étaient des cauchemars (rêves très perturbants qui provoquent le réveil du rêveur), tandis que les mauvais rêves (rêves perturbants ne provoquant pas de réveil, mais rappelés après un réveil dû à un facteur externe comme un réveil-matin, ou plus tard dans la journée) représentaient près de 11 % des récits. Ainsi, près de 15 % de tous les rêves dont on se souvient sont considérés comme très perturbants.

Quels sont les thèmes les plus fréquemment rapportés dans les cauchemars des gens ?

Les thèmes les plus fréquemment rapportés dans les cauchemars sont les suivants :

1.    Agressions physiques : menaces ou attaques directes contre l’intégrité physique du rêveur par un autre personnage, y compris les agressions sexuelles, les meurtres, les enlèvements ou les séquestrations.
2.    Conflits interpersonnels : interactions conflictuelles entre deux personnages impliquant de l’hostilité, de l’opposition, des insultes, de l’humiliation, du rejet, de l’infidélité, des mensonges, etc.
3.    Échec ou impuissance : difficultés ou incapacité du rêveur à atteindre un objectif, incluant être en retard, perdu, incapable de parler, perdre ou oublier quelque chose, ou faire des erreurs.
4.    Préoccupations liées à la santé et à la mort : présence de maladie, de problèmes de santé ou de décès d’un personnage ou du rêveur lui-même.
5.    Être poursuivi : le rêveur est poursuivi par un autre personnage sans être physiquement attaqué.
6.    Appréhension/inquiétude : le rêveur ressent de la peur ou de l’inquiétude concernant quelqu’un ou quelque chose, sans qu’une menace objective soit présente.
7.    Présence maléfique : perception ou sensation d’une présence malveillante, ou possession par une force obscure (monstres, extraterrestres, vampires, esprits, créatures, fantômes, etc.).
8.    Accidents : le rêveur ou un autre personnage est impliqué dans un accident (accidents de la route, noyades, glissades, chutes, etc.).
9.    Catastrophes/calamités : événements plausibles allant d’anomalies à petite échelle comme un incendie ou une inondation à domicile, jusqu’à des désastres de grande ampleur tels que des tremblements de terre, des guerres ou la fin du monde.
10.    Insectes/nuisibles : présence ou infestation d’insectes, morsures ou piqûres d’insectes, de rats, de serpents, etc.

Qu’en est-il des thèmes de chute, de paralysie ou de suffocation ? Pourquoi ne figurent-ils pas sur votre liste ?

La liste ci-dessus repose sur une analyse rigoureuse de milliers de récits de rêves recueillis de manière prospective (par exemple, à l’aide de journaux de rêves tenus quotidiennement), plutôt que sur des questionnaires demandant aux gens de se souvenir de leur dernier cauchemar.

Les thèmes de chute ou de paralysie apparaissent rarement dans les journaux de rêves, mais leur forte intensité émotionnelle les rend particulièrement mémorables, ce qui les rend plus susceptibles d’être rappelés lors d’entrevues ou dans des questionnaires, parfois des années après leur survenue. Ainsi, les cauchemars impliquant des chutes ou une paralysie sont bel et bien courants dans le sens où de nombreuses personnes se souviennent en avoir fait au moins un dans leur vie, souvent il y a longtemps. Cependant, les thèmes mentionnés plus haut surviennent bien plus fréquemment au cours d’une semaine, d’un mois ou d’une année.

Il est également important de noter que les thèmes de chute, de paralysie ou de suffocation peuvent en réalité correspondre à d’autres parasomnies courantes, telles que les sursauts du sommeil (ou secousses hypniques), la paralysie du sommeil isolée ou les terreurs nocturnes. Lorsque les questionnaires utilisent des formulations vagues, les gens sont plus enclins à interpréter ces expériences de sommeil comme des cauchemars. En fournissant aux participants des définitions claires de ce qu’est un cauchemar ou une terreur nocturne, et en leur demandant de consigner de véritables récits de rêves dans un journal quotidien, on réduit considérablement le risque d’inclure d’autres phénomènes du sommeil dans les résultats.

Il m’arrive de faire des cauchemars dans lesquels je ne ressens pas de peur, mais plutôt une profonde tristesse ou du dégoût. Est-ce courant ?

Bien que la peur soit l’émotion la plus fréquemment rapportée dans les cauchemars et les mauvais rêves, près de la moitié des rêves perturbants contiennent des émotions principales autres que la peur. Cela peut inclure la colère, la tristesse ou la frustration.

Nous avons d’ailleurs publié plusieurs études montrant que les cauchemars contenant ce type d’émotions sont perçus comme tout aussi intenses et perturbants que ceux dominés par la peur.

C’est pourquoi l’American Academy of Sleep Medicine définit les cauchemars comme des expériences mentales troublantes, plutôt que simplement comme des rêves effrayants.

J’entends souvent dire que la plupart des rêves sont vraiment bizarres. Pourtant, beaucoup des rêves dont je me souviens ne sont pas si étranges que ça. D’où vient cette différence ?

Question détaillée

Excellente question, encore une fois. Je pense que si beaucoup de gens croient que la majorité des rêves sont bizarres, c’est en partie parce que ce sont justement ces rêves-là que l’on a tendance à partager avec les autres. Si vous vous réveillez un matin en vous souvenant d’un rêve où vous passiez un examen, étiez coincé dans les embouteillages ou discutiez avec des amis, vous n’irez probablement pas le raconter à tout le monde. En revanche, si, alors que vous étiez coincé dans la circulation, un aigle géant attrape votre voiture dans ses serres, vous emporte haut dans le ciel au-dessus de la ville et vous dépose devant votre lieu de travail… là, vous aurez envie d’en parler !

Certaines personnes avancent également que, de par leur caractère inhabituel et marquant, les rêves bizarres sont tout simplement plus mémorables que les rêves banals.

Il y a aussi la question de ce que l’on entend par bizarre. Cela peut faire référence à la probabilité qu’un contenu de rêve se produise dans la vie éveillée, au degré de respect des lois naturelles, ou encore à la présence de discontinuités et d’incohérences dans le rêve. Ainsi, rêver de voir quelqu’un frappé par la foudre est certes inhabituel, mais ce n’est pas aussi étrange que de voler dans les airs comme un oiseau ou de voir le décor changer brusquement — par exemple, passer d’un parc à une salle de classe de votre enfance. Et les rêves peuvent comporter des éléments subtilement « décalés » : voir votre meilleur ami, mais entendre la voix de quelqu’un d’autre, ou le voir soudain chauve, avec des dents anormalement longues et tordues.

Cela dit, les études sur les récits de rêves, qu’ils soient collectés en laboratoire ou dans des contextes naturels, s’accordent à montrer que, dans l’ensemble, les rêves constituent une simulation assez fidèle de la vie éveillée : personnages, interactions sociales, activités et environnements sont réalistes. En particulier, les rêves mettent généralement en scène le rêveur à la première personne, se déroulent dans des environnements réels et spatialement cohérents, incluent des représentations crédibles de personnages familiers (famille, amis, collègues), et, tout comme dans la vie éveillée, sont presque toujours organisés autour d’interactions sociales impliquant des échanges émotionnels et intellectuels.

Ainsi, contrairement aux anciennes théories qui insistaient sur le caractère abscons ou déguisé des rêves, les recherches contemporaines montrent qu’une majorité des rêves sont mieux compris comme des simulations d’expériences de vie, mettant l’accent sur les relations et interactions humaines.

Cela n’empêche évidemment pas que certains rêves soient très bizarres… et que certaines personnes rêvent de manière plus étrange que d’autres !